Souvent à la sortie de l'église
des personnes nous demandent : « Vous êtes de quel Ordre, mon Père ? » C'est que nous ne sommes pas
tellement nombreux et que notre habit n'est pas sans attirer
les regards.
Théodore de Celles, chanoine de Liège (actuellement en
Belgique) participe à la troisième
croisade (1189-1191) avec son évêque Radulphus de
Zäringen, qui au retour meurt à Herderen à
25 kilomètres de son siège épiscopal, non
sans l'avoir nommé chanoine de son chapitre. Il perçoit
qu'on ne peut gagner des hommes au Christ par l'épée.
Il rassemble autour de lui 4 compagnons, prêtres comme lui, et avec eux il se retire au
lieu-dit 'Clarus locus', Clairlieu
près de Huy. En partie, c'est par réaction à
la vie facile et parfois licencieuse de certains chanoines de
son temps et, en même temps, il est épris de la
sainte Croix, symbole de la mort et de la résurrection
du Christ, croix que les croisés avaient cousue sur leur
vêtement. Les 'fratres sanctae Crucis'(frères de
la sainte Croix), comme ils s'appellent, désirent mener
la 'vita apostolica' telle qu'elle est décrite dans les
Actes des Apôtres 4,32 : « La multitude des croyants
n'avait qu'un coeur et qu'une âme. Nul ne disait sien ce
qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun.
»
Ils adoptent la règle de saint Augustin et adaptent les
Constitutions des Dominicains (Raimond de Pennaforte) à
leurs besoins en y ajoutant des accents propres.
Comme habit religieux, ils choisissent un
habit de laine blanche, un scapulaire d'abord gris puis noir
avec capuchon et un manteau noir. A hauteur de la poitrine est
cousue une croix pattée rouge et blanche, symbole du sang
et de l'eau qui coulaient de la poitrine de notre Sauveur après
le coup de lance asséné au Crucifié par
un soldat romain. Cette croix est également cousue sur
le manteau à hauteur de la poitrine.
Le Pape saint Innocent IV approuve les Constitutions
de l'Ordre en 1248.
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St. Agatha à Cuijk,
circa 1600
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L'Ordre prend de l'essor et, en peu de temps,
il est présent en France, aux Pays-Bas, en Allemagne,
en Angleterre. Les prieurés ne comptent, en général,
qu'une dizaine ou une douzaine de membres, des prêtres,
des frères.
A la fin du 14ème siècle l'Ordre
pâtit sous les coups du Schisme occidental et de la guerre
de Cent ans. Mais au chapitre général de 1410,
une profonde réforme voit le jour sous l'influence de
la Devotio Moderna, un courant novateur aux Pays-Bas.
Le 15ème siècle devient donc un siècle d'or
pour l'Ordre : il y a de nombreuses fondations nouvelles qui
deviennent des centres de spiritualité et de culture.
Témoins de cela, les nombreux antiphonaires et graduels
richement illuminés, exécutés dans les scriptoria
des couvents, les manuscrits et livres précieux dans les
bibliothèques.
Grâce à cette revitalisation
en profondeur l'Ordre ne subit pas trop les conséquences
fâcheuses de la Réforme du 16ème siècle,
bien que quelques prieurés en Allemagne et aux Pays-Bas passent, prieur en tête, au
protestantisme. En Angleterre,
le roi Henri VIII supprime tous les couvents en 1538 et c'est
pour l'Ordre la fin de sa présence dans ce pays.
En Allemagne et aux Pays-Bas l'Ordre prend
part activement à la Contre-Réforme après
le concile de Trente : en effet, il reçoit de plus en
plus des tâches pastorales et plusieurs églises
conventuelles deviennent aussi des églises paroissiales.
Pourtant les 16ème et 17ème siècles voient
diminuer le nombre des frères de la Sainte-Croix qui alors
se font appeler Croisiers, Kreuzherrn(en allemand), Kruisheren
(en néerlandais) et cela à cause des épidémies
de la peste et des guerres. Dans ces temps difficiles, les Croisiers
restent à leur poste.
Au siècle des Lumières, l'Ordre
est un peu à bout de souffle, il s'embourgeoise et la
Révolution française faillit lui donner le coup
de grâce : après les sécularisations, il
ne reste aux Croisiers que 2 couvents aux Pays-Bas, Sint-Agatha-Cuyk
et Uden. Le roi protestant Guillaume I ne permet pas que les
couvents accueillent des novices. Quand Guillaume II, son successeur
plus conciliant, lève cet interdit, il ne reste que 4
pères âgés en tout et pour tout.
A ce moment, des prêtres diocésains
qui, déjà sous le règne de Guillaume I désiraient
entrer dans l'Ordre, y entrent et donnent à celui-ci une
autre direction, l'Ordre devient plus apostolique tout en maintenant
des caractéristiques d'un Ordre contemplatif comme l'office
divin prié en commun. On fonde des écoles secondaires,
un petit séminaire ouvert d'où sortiront beaucoup
de Croisiers mais également de futurs prêtres diocésains
et d'autres religieux.
Ils retournent vers les couvents abandonnés et ils en
fondent de nouveaux en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne,
en Autriche.
Des Croisiers vont fonder des communautés aux Etats-Unis
d'Amérique du Nord, au Congo, en Indonésie, en Irian-Jaya, au Brésil.
Au début des années soixante,
l'Ordre comprend 700 membres. En 1964-1965 vingt-trois Croisiers
trouvent la mort pendant la rébellion au Zaïre (aujourd'hui
Congo-Kinshasa) et un autre en Irian-Jaya.
Sous l'effet de la sécularisation après le Deuxième
Concile du Vatican, le nombre de vocations recule en Europe tandis
que l'Ordre se développe au Congo, en Indonésie
et au Brésil.